“On recommence en présentiel en mars !” C’est la nouvelle rumeur qui circule, plusieurs affiliés nous en ont fait part en nous interrogeant sur sa pertinence… Voilà un prétexte pour réaliser un état de la question au moment où les affiliés préparent la rentrée 2021. Et réfléchir à une interpellation des décideurs sur la nécessité de mieux prendre en compte le soutien à la santé mentale des publics précarisés

Suite aux décisions prises par le Gouvernement fédéral et les Gouvernements régionaux, les opérateurs de formation et d’insertion, agréés ou subventionnés par la Région wallonne, sont en télétravail obligatoire et ont arrêté la plupart de leurs activités en présentiel (à l’exception notamment de certaines activités productives des entreprises de formation par le travail). La question de la reprise du présentiel même sous forme limitée est évoquée depuis le début de ce nouveau lockdown suite aux demandes parfois pressantes des bénéficiaires de nos services…

Plusieurs affiliés nous ont interrogés sur la pertinence d’une information faisant état d’un retour au présentiel dans les centres au mois de mars…Soyons clairs. Un bruit qui court n’est qu’un bruit parmi d’autres dans ce monde qui n’en manque pas… Personne ne connaît la date de reprise en présentiel, cela dépendra d’abord de l’évolution de la pandémie, ensuite de l’attitude de nos décideurs politiques… 

On ne connaît pas l’origine de cette rumeur. Peut-être est elle liée au fait que les représentants du secteur ont proposé au cabinet, sans réponse à ce jour, de prolonger la mesure de garantie des financements sur le premier trimestre 2021 avec possibilité de la prolonger de trimestre en trimestre en fonction de l’évolution de la pandémie ? Ou pas… Nous insisterons pour obtenir des réponses rassurantes pour toutes et tous…

Ce nouveau bruit qui court est sans doute avant tout en écho aux évolutions récentes de la situation sanitaire. Avec un taux de reproduction du virus supérieur à 1 dans plusieurs provinces du pays, nous sommes encore loin d’être débarrassés de l’épidémie. Les différents indicateurs ont d’ailleurs tendance à stagner à un niveau trop élevé. Bref, tout ceci n’augure rien de bon, et la date d’un retour à la normale s’éloigne encore. Un assouplissement des mesures sanitaires en janvier semble irréaliste, alors qu’on parle aujourd’hui de nouvelles fermetures. Selon plusieurs spécialistes, il faudra attendre février ou mars pour espérer un premier déconfinement.

Mais est ce le seul paramètre à prendre en compte? Nous sommes de plus en plus nombreux à demander qu’on ne limite pas la santé à ses seules dimensions physiques. La santé mentale doit être prise aussi en compte. Et là le bât blesse sérieusement… Le deuxième confinement est plus « pénible » que le premier. Nos centres ne cessent de constater les dégâts de type psychosocial sur les publics précarisés qui fréquentent nos services : ils souffrent plus que jamais de l’isolement. Le sondage Ipsos-Le Soir-RTL Info-VTM-Het Laatste Nieuws, publié le 14 décembre 2020, montre une progression significative et inquiétante, puisqu’entre 37 et 39 % de la population interrogée vit « moins bien » la période actuelle. 

La ministre Morreale s’est emparée de la question et l’a évoquée au Parlement wallon : “ Vous savez, j’ai appliqué les règles du CODECO sur les centres de formation en demandant que cela puisse être à distance quand c’était nécessaire. J’ai une demande, notamment des employeurs qui aimeraient que l’on puisse reprendre au maximum, parce que les centres de formation sont fermés. J’ai dit que l’on porterait le point au CODECO pour qu’en fonction de la situation épidémiologique, il puisse se prononcer. Je m’y conformerai complètement”. (page 76  P.W. – C.R.A.C. N° 85  – commission parlementaire du vendredi 11 décembre 2020). Si les décideurs devaient pleinement se saisir de l’importance de cette dimension trop souvent oubliée de la santé, la donne pourrait être modifiée et ainsi démentir la rumeur évoquée au début de nos propos…

Alors présentiel ou pas au début de 2021 ? S’il reste l’exception, le présentiel n’a pas complètement disparu, à commencer par des permanences sociales ou des contacts individuels qui n’ont jamais été suspendus, tout comme des activités commerciales dans des entreprises de formation par le travail, certes sur un mode plus modeste et sous contrainte. On relèvera que des centres ont obtenu un accord du SPW pour assurer du présentiel pour de courtes séances collectives avec des groupes de trois stagiaires. D’autres, informés par nos soins sur cette possibilité, se sont vu refuser cette possibilité par la même administration à leur grande surprise et contrariété. Interpellée, l’administration wallonne se dit en difficultés de se positionner clairement. Il lui est difficile de mettre en balance santé physique et santé mentale. Il est vrai qu’une situation n’est pas l’autre… Quoique… 

Notre pouvoir de tutelle fait appel à la responsabilité de chaque centre pour assurer ce difficile arbitrage. Autrement dit, c’est une invitation implicite à agir sans solliciter une improbable autorisation. Des affiliés agissent déjà en ce sens – non sans la crainte d’être pris en défaut – et improvisent en fonction des priorités du moment. Ainsi, certains d’entre eux se sont donnés le mot pour organiser des visites de musées en petits groupes, d’autres reprennent des cours en petits groupes dans de grandes salles, tandis que des services d’insertion sociale mobilisent leurs usagers par l’échange de “box” créées par leurs soins (voir notre article “Quand le SIS s’invite à domicile” du numéro 313 page 29).

L’arrêté ministériel du 1er novembre 2020 portant des mesures d’urgence pour limiter la propagation du coronavirus ne nous aide pas sur la question de privilégier santé mentale ou santé physique. S’il classe bien notre secteur dans les services essentiels “nécessaires à la protection des besoins vitaux de la Nation et des besoins de la population”, en tant que “ services d’intégration et d’insertion “, il limite nos interventions “aux soins, au bien-être (y compris les assistants sociaux, et les travailleurs de l’aide à la jeunesse) et à la distribution alimentaire“ dans la liste annexée des limitations propres à la commission paritaire de référence pour nos affiliés, la CP 329.02…

Entre réduction des contacts et maintien des liens, les opérateurs de terrain font le grand écart à la recherche de la solution à la quadrature du cercle… Certes, la mise en tension permanente n’est pas nouvelle pour un secteur habitué à des arbitrages constants entre objectifs d’émancipation sociale et de normalisation de ses publics. On avouera toutefois que la pandémie ajoute une problématique supplémentaire dont on se passerait volontiers. Te veel is te veel dit-on chez nos collègues du Nord du pays. 

Osons l’affirmer : une orientation claire et affirmée de notre pouvoir de tutelle pour un présentiel “adulte et responsable” serait la bienvenue dans notre secteur en tout cas. Il y a urgence à agir, plus on attend et plus les conséquences psychologiques sont graves, et plus leurs impacts seront majeurs. Précisons que toute mesure facilitant un retour même progressif au présentiel sera l’objet de notre plus grande vigilance quant au respect des règles de distanciation physique.

En attendant un positionnement des décideurs, la situation va encore évoluer rapidement, tenons-nous prêts à tout changement – quel qu’il soit -, comme cela a été le cas toute l’année 2020. 2021 ne devrait pas se présenter différemment, il nous faudra nous adapter encore et encore. Le mot d’ordre reste le même : entretenons les liens et tentons d’en nouer de nouveaux avec les personnes précarisées pour mieux les soutenir dans ces moments difficiles, c’est une question de bien commun…