L’approche par compétences : émancipation ou exclusion ? Quels moyens pour renforcer la capacité de notre public à vivre ensemble et à s’épanouir dans la société ?

Approche par competencesLa fédération CAIPS a exprimé, au travers de ses affiliés, la volonté de développer une réflexion collective et co-construite afin de prendre du recul par rapport à leurs pratiques professionnelles, de mettre en questionnement l’émancipation et la normalisation par rapport aux missions des centres et de s’interroger sur le sens de leur travail. A l'origine de cette demande, plusieurs constats:

  • Le secteur de l’Insertion Socio-Professionnelle connait une évolution dans la perception que les travailleurs ont de leurs missions. A l’origine, les travailleurs se sentaient à des degrés divers, investis d’une « mission » d’insertion et d’émancipation. Aujourd’hui, les politiques publiques de lutte contre le chômage et le dispositif institutionnel encadrant les activités relevant de l’ISP ont favorisé un processus de rationalisation, d’institutionnalisation et de professionnalisation de ce secteur d’activité, joignant à l’obtention de subventions et d’aides publiques une lourdeur administrative importante. Ainsi, un processus de désenchantement, dans le sens d’un affaiblissement du militantisme comme principe justificatif de l’action concrète, est actuellement à l’œuvre.
  • Les pratiques des centres se distinguent du modèle pédagogique pratiqué dans l’enseignement, qui focalise l’apprentissage sur les besoins en compétences du monde du travail en traitant de manière secondaire tout ce qui est lié à la citoyenneté. Ce modèle pédagogique fait pourtant souvent office de référence politique. L’activité y est la plus souvent pensée en réalisation de tâches, à travers lesquelles les apprenants font l’acquisition de nouvelles compétences par le biais de mises en situations d’apprentissage en vue de mobiliser des ressources nécessaires à l’acquisition d’un savoir. Les pratiques permettant l’émancipation sociale sont le plus souvent considérées comme accessoires.
  • L’institutionnalisation du secteur lié à sa professionnalisation entraine une technicité des pratiques au risque d’oublier la mission prioritaire de l’économie sociale qui est de lutter contre les mécanismes d’exclusion et de discrimination sociale.
  • Une logique marchande se développe de plus en plus en ce qui concerne l’éducation collective. La société se déresponsabilise de l’éducation populaire, considérant que la formation et l’acquisition de savoirs est de la seule responsabilité de l’individu. Afin d’homologuer les efforts des individus et de les mettre en concordance avec les besoins des entreprises, l’Union européenne préconise de créer des systèmes de validation des acquis gérés par les «partenaires sociaux». La dimension émancipatrice et collective de la formation s’efface pour le seul critère de la mise à l’emploi de l’individu.
  • Le principe de l’Etat Social Actif engendre des conséquences néfastes à l’apprentissage. Pour pouvoir bénéficier de la solidarité, il faut le « mériter », remplir un certain nombre d’obligations. Cela induit une disparité dans la motivation du public des EFT et OISP qui participe le plus souvent par contrainte aux activités de formation. On voit apparaître de l’opposition, voire parfois de la violence chez les stagiaires.
  • Avec le changement de modèle social (passer de l’état providence à l’état social actif), la politique sociale responsabilisant les travailleurs sociaux comme « activateurs » des chômeurs a conduit à développer un malaise dans le secteur psycho-médico-social. Cela s’exprime notamment à travers des dérives de management des institutions et leur impact sur le psychisme des travailleurs.

Pour répondre à cette demande des affiliés, l’équipe pédagogique de CAIPS a organisé une matinée de réflexion le 12 mai 2015, portant sur : « L’approche par compétences : émancipation ou exclusion ? Quels moyens pour renforcer la capacité de notre public à vivre ensemble et à s’épanouir dans la société ? ».

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